Looking for Eric : avant-première le mardi 26 mai
Le 26 mai à 20h30, le Navire et Télérama vous proposent l’avant-première de LOOKING FOR ERIC, nouveau film de Ken Loach actuellement en compétition à Cannes.
LOOKING FOR ERIC
Réalisé par Ken Loach
Avec Steve Evets, Eric Cantona, Stephanie Bishop…
Looking for Eric (Bande-annonce)
Eric Bishop, postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Sous son nez, ses deux beaux fils excellent dans des petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur et sa vie sentimentale est un désert. Malgré la joyeuse amitié et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien n’y fait… Un soir, Eric s’adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre semble l’observer d’un oeil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? Eric en est persuadé, le King Cantona peut l’aider à reprendre sa vie en mains…
Looking for Eric a été sélectionné en compétition au 62e Festival de Cannes en 2009. Habitué du festival, le réalisateur a remporté la Palme d’or en 2006 pour Le Vent se lève.

Entretien avec Ken Loach :
Comment est né le projet ?
J’ai reçu un message me disant qu’Eric Cantona souhaitait entrer en contact avec moi. C’était il y a deux ou trois ans. Sans lui, ce film n’aurait jamais existé. Un producteur français, Pascal Caucheteux, s’était entretenu avec Rebecca O’Brien, la productrice, et avait suggéré que nous nous rencontrions, lui, Eric et nous. Nous connaissions évidemment Eric Cantona, l’homme public et le footballeur d’exception.
Et eux savaient que Paul Laverty, le scénariste, et moi nous intéressions au football. Eric avait quelques idées, toutes très intéressantes, en particulier une histoire sur sa relation avec un fan.
Paul et moi ne voyions pas comment nous pouvions faire fonctionner cela en termes de narration, de personnages et de développement, mais nous avons trouvé que c’était un domaine intéressant à explorer – non seulement la joie et le plaisir du football et le rôle qu’il joue dans la vie des gens, mais aussi la notion de célébrité et la manière dont on construit la popularité de quelqu’un à travers la presse et la télévision. Dans l’esprit des gens, les célébrités ont quelque chose de surhumain. Paul s’est installé à sa table de travail et a écrit une histoire qui s’efforçait de relier tous ces éléments.
Nous n’éprouvions aucune appréhension à l’idée de montrer notre travail à Eric parce que nous avions une bonne idée du genre d’homme qu’il est. C’est quelqu’un qui ne se prend pas trop au sérieux, un personnage célèbre qui joue de sa célébrité et s’en moque aussi, et il avait une petite lueur de malice dans l’oeil en parlant de ce projet. C’était quelque chose d’amusant, une histoire ni trop lourde ni trop dure. Nous espérions simplement qu’il allait l’aimer, et il a été assez gentil pour dire que c’était le cas.
Pourquoi Cantona ?
C’est quelqu’un d’original, de brillant, avec un esprit vif, perspicace, et une vraie sensibilité. Il sait sortir des sentiers battus et ses joutes avec les journalistes ont toujours été amusantes et malignes. C’est évidemment un homme qui a de la substance, cela nous le savions.
On se souvient de ses sorties médiatiques, de sa réplique sur les mouettes (lors d’une conférence de presse liée à son coup de pied contre un spectateur qu’il l’avait insulté pendant un match, plutôt que de répondre aux questions des journalistes, il répliqua : « Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer » avant de se lever et de sortir de la salle). En parlant avec Eric, ses réflexions sur le sport, sur sa place, sur ce qu’il a tenté de faire et son approche du football sont devenues partie intégrante du projet.
Lorsqu’Eric rentre dans une pièce , il a un charisme , un magnétisme considérable. Les comédiens parlent de « projection naturelle » à propos de cette capacité à communiquer depuis la scène jusqu’au fin fond de la salle sans apparemment rien faire de spécial. Eric savait faire cela sur un terrain de football – il communiquait avec 70 000 personnes. C’est une capacité naturelle absolument extraordinaire.
A Manchester, il a été traité avec respect, admiration et affection. Nous avons dû dissimuler sa présence – c’est la première fois que j’avais des paparazzis rôdant autour du plateau. Et si on marchait avec lui dans la rue, la circulation ralentissait et les gens lui attrapaient la main. Je suis allé à un match avec lui à Old Trafford. Même sans savoir qu’il était là, les gens chantaient les chansons de Cantona. Ils scandaient son nom alors qu’il n’était pas venu depuis dix ans ! Et puis ils ont découvert qu’il était là pour de bon, et ça a été la folie. Des hommes adultes pleuraient ! Quand nous sommes repartis, des gens de tous âges sont venus lui serrer la main. Rares sont les joueurs qui ont inspiré une telle affection.
Pourquoi le football ?
Je ne connais que le point de vue du spectateur, mais aller à un match est un acte très social. Cela n’a rien à voir avec le travail, rien à voir avec quoi que ce soit en dehors du jeu et de cet immense rassemblement de gens disparates. Mais le match lui-même est comme un terrain de galop où explosent toutes vos émotions. Vous ressentez tout. L’espoir, la joie, le chagrin, la douleur, la déception, le suspense, le supplice.
Une délicieuse extase lorsque le ballon entre dans la cage. Vous éprouvez toutes ces émotions fortes, contenues dans un cadre précis et sûr pour vous – je ne dirais pas que « cela ne compte pas », mais finalement ce n’est qu’un jeu, et la vraie vie continue. C’est en définitive un exercice thérapeutique intense quand vous vivez toutes ces émotions mais qu’elles sont contenues dans un environnement sûr.
Qui est Eric Bishop, le personnage principal ?
C’est un homme intelligent qui souffre de crises de panique qui l’empêchent de nouer des relations durables avec quelqu’un. Face à cela, il réagit en se mettant la tête dans le sable, en sortant avec ses potes, en allant aux matchs de foot, en buvant un verre et en n’y pensant surtout pas.
Son premier mariage a échoué. Ensuite, il a épousé une autre femme qui a développé un problème d’alcool. Elle avait deux fils de pères différents et quand elle a disparu de la circulation, il s’est retrouvé avec ces deux garçons dont il a continué à s’occuper. En devenant adolescents, ils ont fait comme tous les ados : quand ils voient une faiblesse, ils l’exploitent. Ils le détruisent. Eric se retrouve à la tête d’une grande maison qu’il ne peut pas entretenir et bien sûr, le chaos engendre le chaos. Il peut à peine faire son travail, et quand on le voit la première fois, il est en pleine crise de panique.
Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
Le casting est la deuxième chose la plus importante après le scénario. J’ai travaillé à nouveau avec Kahleen Crawford, la directrice de casting, et nous avons vu beaucoup de monde, des acteurs inconnus comme de très connus. Il est important que le film soit enraciné dans quelque chose de spécifique, nous avons donc restreint notre choix à des gens de Manchester ou de la région proche. La plupart des supporters de Manchester United viennent de Manchester.
Nous avons donc pensé qu’il était important que le personnage principal soit joué par quelqu’un de Manchester. Grâce à Steve Evets, on sent que c’est un homme qui est au bord de la rupture. Steve est également drôle, mais pas comme s’il jouait dans une comédie, juste en étant vrai. La difficulté est de trouver quelqu’un qui soit bon, qui remplisse tous les critères, mais qui soit aussi en phase avec le personnage que vous voulez voir à l’écran.
Comment avez-vous introduit Cantona dans l’action ?
Ça, c’était un grand moment ! C’était assez élaboré. La surprise est la chose la plus difficile à jouer, et Steve Evets ignorait que Cantona allait jouer dans le film. Il savait seulement qu’il était impliqué comme producteur.
Le jour où Cantona devait commencer à jouer, nous l’avons conduit discrètement dans la maison et dans la chambre. J’ai dit à Steve : « La lumière n’est pas bonne. Il va falloir qu’on mette du noir pour atténuer les reflets. Donne-nous dix minutes. » Steve est sorti fumer une cigarette, Eric Cantona s’est caché derrière un drap noir que nous avons placé autour de la caméra, puis nous avons joué la scène. Steve regardait en direction du poster grandeur nature de Cantona. Eric s’est glissé derrière lui et il s’est mis à parler. La surprise a été totale.
Comment passez-vous des scènes comiques aux moments plus sérieux ?
On peut seulement être honnête et fidèle à la réalité. Là encore, cela repose sur votre capacité à trouver des gens qui peuvent être authentiques et naturellement drôles. Ou authentiques et naturellement touchants. C’est pour cette raison que John Henshaw ( Meatballs ) et Ricky Tomlinson sont de bons acteurs. Ils sont sérieux et drôles sans changer de rythme. Le fait qu’ils n’aient pas à changer de braquet est essentiel.
Qu’est-ce que le public retiendra du film, d’après vous ?
Une histoire sur l’amitié et sur le fait de s’accepter tel que l’on est. C’est un film contre l’individualisme : on est plus fort en groupe que seul. Certains éprouveront peut-être une certaine condescendance envers cette idée, mais ce film parle de la solidarité entre amis, en prenant pour exemple un groupe de supporters de foot.
Il est aussi question de l’endroit où vous travaillez et de vos collègues. Même si cela peut sembler banal de dire cela, ce n’est pas dans le vent de l’époque. Ou du moins ça ne l’est plus depuis trente ans. Ceux qui vous entourent ne sont plus vos camarades, ils sont vos concurrents.